Artistes iraniens de la diaspora contre la guerre en Iran
Depuis plusieurs jours, une nouvelle invasion illégale est menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
À travers la diaspora, où que nous vivions, nous regardons avec une profonde inquiétude les bombes s’abattre sur notre pays d’origine. Au moment où nous écrivons ces lignes, la situation a dégénéré en un bombardement massif de la capitale et d’autres grandes villes, accompagné d’attaques contre les infrastructures civiles iraniennes. Nous ne sommes pas plongés dans le silence mais appelés à la responsabilité. Nous nous sentons blessés deux fois, par la violence des armes et par l’agression du récit qui accompagne cette guerre. Nous refusons que notre pays soit transformé en champ de bataille géopolitique, sous le faux prétexte d’apporter la liberté et la démocratie.
Dans de nombreux médias occidentaux, l’Iran est souvent présenté comme un bloc homogène, irrationnel, fanatique, et une partie de la diaspora iranienne serait même censée applaudir les bombardements au nom de la liberté. Nous, artistes iraniens de la diaspora, refusons cette mise en scène politique et médiatique.
Nous exigeons que la nuance de notre position soit reconnue : certains d’entre nous ont fui la censure et la répression ou ont choisi de vivre à l’étranger, mais fuir l’oppression ne signifie pas souhaiter la destruction d’un pays. On peut dénoncer la répression sans appeler aux bombes, critiquer le pouvoir sans soutenir une guerre, vivre en exil sans appeler à l’effondrement et au chaos.
En tant que collectif indépendant d’artistes iraniens aux parcours divers, nous condamnons fermement cette agression illicite contre l’Iran provoquée par les Etats-Unis d’Amérique et Israël. C’est une violation flagrante du droit international. Nous affirmons clairement notre attachement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Iran.
Nombre d’entre nous ont vécu en Iran, y ont étudié, et si nous apprécions et encourageons toutes les initiatives populaires en Iran en faveur de l’indépendance, de la liberté d’expression et des droits humains, nous refusons de nous abaisser à imaginer qu’un pays étranger serait habilité à tracer ce chemin pour nous. Les griefs internes des Iraniens doivent être respectés tout autant que leur intégrité territoriale. Ni l’un ni l’autre ne sont négociables.
Nous ne croyons pas naïvement que la guerre ou les sanctions économiques apportent la liberté. L’histoire récente de la Libye, de l’Irak, de la Syrie et de l’Afghanistan démontre exactement le contraire. Le renversement en 1953 du gouvernement démocratique de Mohammad Mossadegh, lors d’un coup d’État orchestré par la CIA et le MI6, demeure l’un des exemples les plus frappants d’ingérence étrangère dans la vie politique iranienne. Les interventions étrangères et les sanctions économiques, avant comme après cet épisode, n’ont cessé de saper les efforts démocratiques iraniens. Présenter aujourd’hui ces mêmes forces comme des instruments de libération relève d’un dangereux aveuglement politique
La rhétorique qui prétend différencier un « régime » à frapper d’un « peuple » à épargner est une fiction commode. Nous ne cautionnons jamais les assassinats ni les bombardements, quel qu’en soit le prétexte, car en réalité les bombes ne reconnaissent pas de telles frontières. Quand des écoles, des hôpitaux ou des quartiers résidentiels sont touchés, c’est toute une société qui est atteinte.
L’Iran est une civilisation plurimillénaire, dont le peuple fait preuve depuis longtemps de dignité, de résilience et d’un profond attachement à son indépendance. Aucun développement démocratique durable n’est possible sans la paix. En tant qu’artistes, nous savons que la première victime de la guerre est toujours la complexité des sociétés. Notre travail porte les contradictions de l’exil et de la mémoire. Nous refusons de voir notre pays réduit à un cliché.
Nous refusons les visions simplistes de guerres qui aplatissent une société historique et complexe en simples chiffres de vivants et de morts.
Nous appelons les artistes de la diaspora iranienne, pour lesquels l’Iran n’est pas un simple objet politique mais une patrie, à rejoindre cette voix indépendante et non alignée, engagée pour la paix et le respect de la dignité humaine.
Collectif d’artistes iraniens indépendants
Les signataires sont membres d’un collectif d’artistes iraniens vivant à l’étranger, souhaitant ouvrir un espace de réflexion critique et non alignée sur les enjeux politiques et culturels liés à l’Iran.
Premiers signataires : Afshin Ghaffarian, chorégraphe, danseur et acteur (France) ; Shirin Neshat, photographe et artiste visuel ; Mehdi Farajpour, chorégraphe (France) ; Mohsen Ranjbar, metteur en scène et réalisateur (France) ; Ghazal Mosadeq, écrivain ; Amir Salami, musicien et régisseur son/lumière (France) ; Sara Amini, metteuse en scène et comédienne (Angleterre) ; Alireza Khatami, réalisateur de films (Canada) ; Roxana Vilk, actrice, écrivain et musicienne (Angleterre) ; Vahid Evazzadeh, metteur en scène de theatre (Angleterre) ; Parviz Jahed, réalisateur de films (Angleterre) ; Ali Jaberansari, réalisateur de films (Angleterre), Fateme Ahmadi , réalisatrice de films (Angleterre)
Retrouvez la liste complète des signataires sur : https://forms.gle/zqMeUvr35sYixzEJA